2 juillet 2009

Baisse de la TVA dans la restauration: merci patron!

Début 2002 la Commission Européenne nous avait promis que les consommateurs bénéficieraient du passage à l'euro. Erreur, le cadi de la ménagère (dont je fais partie) faisant ses courses hebdomadaires au supermarché à plus que doublé depuis lors.

En 2005 le gouvernement nous avait promis que les automobilistes bénéficieraient de la privatisation des autoroutes. Erreur, quatre ans plus tard le prix des péages a fortement augmenté (cf. Expansion et Rue89).

Idem pour la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité, à chaque coup le consommateur en prend plein le porte-monnaie.

Et pas plus tard qu'hier le gouvernement a finalement cédé aux pressions du secteur de la restauration en diminuant leur TVA de 19.6 à 5.5%. Un beau cadeau de Noël avant l'heure estimé à 2.35 milliards par an. Et dire que Christine Lagarde et Hervé Novelli, secrétaire d'État au Commerce, à l'Artisanat, aux Petites et Moyennes entreprises, au Tourisme, aux Services et à la Consommation, veulent nous faire croire que les consommateurs vont en profiter. Non seulement le passé démontre qu'ils se trompent mais en plus je n'y crois pas un seul instant pour les trois raisons suivantes:

  1. La baisse des prix est volontaire, je serais très étonné si plus de 20% joueront le jeu. Ce n'est pas ce "contrat d'avenir" ou des sondages auprès des restaurateurs qui changeront la donne.
  2. De nombreux restaurateurs ont simplement augmenté leurs prix juste avant la baisse pour en profiter encore plus en faisant de la publicité mensongère.
  3. Aucun mesures sérieuses de contrôles ni de sanctions n'ont été prévues.


Soyez-sur qu'il n'y aura aucune augmentation de salaire pour des employés très souvent exploités dans ce secteur; et qu'il n'y aura non plus aucune embauche massive (le chiffre annoncé de 40000 emplois me ferait rire si ce n'était pas tragique). Pour faire court c'est un bien beau cadeau offert aux restaurateurs sans aucune contrepartie. Point de vue politique ça mérite donc bien un zéro pointé.

image par abc

30 juin 2009

Bruno Le Maire: premier ministre demain et président après-demain

Une fois n'est pas coutume je voudrais vous parler non pas d'un président en fonction mais d'un futur président. "Ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, je suis resté 6 mois sur les bancs de l'Assemblée nationale avant d'être nommé, par Nicolas Sarkozy, secrétaire d'État aux Affaires européennes. La aussi je ne reste que 6 mois à ce poste avant d'être promu, il y a une semaine, ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche. Qui suis-je?" Bruno Le Maire bien sur! dont je suis la carrière politique après avoir lu ces deux livres. A ce rythme là il sera premier ministre demain et président après-demain.

Mais a-t'il vraiment le potentiel pour devenir calife à la place du calife? Passons en revue trois qualités qui me semblent être capitales dans la carrière d'un homme politique.

  1. Intelligence: Il a terminé premier de la classe à Normal sup avant d'intégrer Sciences Po pour finir dans la botte de l'ENA. Rien à dire, il est brillant. Mais en politique l'intelligence ne fait pas tout. Regardez Laurent Fabius ou encore Alain Juppé. Deux cerveaux tous les deux mais aucune intelligence du cœur, aucun charisme. Et l'histoire nous apprend que ce n'est pas le plus intelligent qui devient président.
  2. Vision: C'est souvent le grand désert de ce point de vue la. Notre classe politique actuelle ne propose aucune vision d'avenir, aucun projet fédérateur, aucune ambition clairement définie. Pouvez-vous me dire quel était la vision de nos trois derniers présidents? Personnellement j'en suis incapable. Ils géraient la France au jour le jour sans vraiment avoir changé notre société. Dans ces deux livres Bruno Le Maire témoigne de ce qu'il a vécu aux côté de de Villepin. Pour un président ce n'est pas suffisant car il se livre très peu. Au final on ne connaît pas vraiment qui est Bruno Le Maire ni quels sont ses opinions politiques. S'il devait écrire un troisième livre je lui conseillerai de nous faire partager sa vision de la France et de l'Europe. Bref il pourrait commencer à développer un programme.
  3. Charisme: La aussi vous aurez beau être le plus intelligent et un grand visionnaire si vous n'arrivez pas à faire passer votre message vous n'irez nulle part. Dès que j'entends Ségolène Royal, Manuel Valls ou François Bayrou ou Rachida Dati je zappe. Ils m'ennuient et sonnent tellement faux. Par contre même si je ne partage par leur opinion j'écoute toujours Olivier Besancenot ou François Hollande. Pourquoi? Parce qu'ils mettent de la passion et de la conviction derrière leurs propos. A leur manière ils sont charismatiques.


Finalement être président ce n'est pas qu'une question d'intelligence, de vision ou encore de charisme. Mais je le résumerai ainsi: ais-je envie de voir cette homme/femme diriger mon pays pendant 5 ans? Au final nous votons pour celui ou celle qui nous plaît. Il faut donc séduire les électeurs comme l'a si bien compris un Jacques Chirac, un Silvio Berlusconi ou un Barack Obama.

Comme je le dis souvent 2012 est gagné d'avance par Sarkozy, ça ne sert à rien de se battre. Par contre 2017 sera très ouvert. Qu'en pensez-vous? Moi je suis persuadé que ça le titille au rasage.

image par sundstrom

22 juin 2009

Elections européennes: nombre de députés lié au taux de participation national

Les élections européennes ne passionnent guère les européens. Plus grave le taux de participation ne cesse de diminuer régulièrement; de 62% lors du premier scrutin de 1979 il est, 30 ans plus tard, à 43%. Quelle tristesse quand on sait que les trois quarts des législations nationales découlent des politiques européennes.

Quelle étroitesse d'esprit que celle de notre classe politique (droite et gauche confondue) lors des débats télévisés organisés le soir de la proclamation des résultats. Le PS a battu sa coulpe, l'UMP a enfoncé le clou et personne n'a, à aucun moment, vraiment parlé des enjeux européens. Comme si l'Europe était en dehors de leur champ de vision nationale. Trop grande, trop loin, trop compliquée. Et en plus il faut parler anglais, allemand et italien. Décidément bien trop difficile.

Alors pour motiver politiciens et électeurs je me suis amusé avec cette bonne idée, suggérée par un ami proche: pourquoi ne pas ajouter une dose de proportionnelle basée sur le taux de participation nationale? Un pays gagnerait un nombre limité de député si son taux de participation est plus élevé que la moyenne européenne. Et vice versa. Bien sur il est nécessaire de continuer à respecter l'idée fondamentale de quotas par pays (les grand pays ont proportionnellement moins de députés que les pays).

Le tableau ci-dessous est une simple simulation basée sur un écart proportionnel à la moyenne (source: Parlement européen). La Belgique, le Luxembourg et Chypre n'en font pas partie car la participation aux élections européennes est obligatoire et le taux de participation (supérieur à 90%) vient fausser le modèle.

État # de députés officiel Taux de
participation
# de députés corrigé Différence
Malte 5 78.8% 7 2
Italie 72 65.1% 89 17
Danemark 13 59.5% 15 2
Irlande 12 56.6% 14 2
Lettonie 8 52.6% 9 1
Grèce 22 52.6% 24 2
Espagne 50 46.0% 52 2
Autriche 17 46.0% 18 1
Suède 18 45.5% 19 1
Estonie 6 43.9% 6 0
Allemagne 99 43.3% 100 1
France 72 40.5% 71 -1
Finlande 13 40.3% 13 0
Bulgarie 17 37.5% 17 0
Portugal 22 36.8% 21 -1
Pays-Bas 25 36.9% 24 -1
Hongrie 22 36.3% 21 -1
Royaume-Uni 72 34.5% 67 -5
Slovénie 7 28.0% 6 -1
République tchèque 22 28.2% 19 -3
Roumanie 33 27.7% 28 -5
Pologne 50 24.5% 41 -9
Lituanie 12 20.5% 9 -3
Slovaquie 13 19.6% 10 -3
Total 702 41.7% 700 -2

Les pays sont classés par ordre décroissant. Il est amusant de voir que l'Italie est le grand gagnant et la Pologne notre grand perdant. Je me rends compte aussi que mes deux derniers articles sont dédiés à l'amélioration de nos systèmes électoraux. Comme quoi après un demi-siècle d'élections traditionnelles il ne serait pas totalement inutile de réfléchir à des modes de scrutin plus moderne, plus représentatif et plus juste.


image par wikimedia

17 juin 2009

Une bonne dose de tirage au sort pour améliorer la représentativité de nos parlementaires

Je me suis penché ces derniers jours sur la représentativité du Parlement en analysant la catégorie socio-professionnelle des députés et sénateurs par rapport à la population de plus de 15 ans (sources Assemblée nationale, Sénat et Insee).

En %
Pop. > 15 ans AN Sénat
AN
+Sénat
1. Agriculteurs exploitants 1.1 2.6 6.7 4.1
2. Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 3.3 6.0 8.2 6.8
2.3 Chefs d'entreprise 10 salariés ou plus0.34.47.65.6
3. Cadres, professions intellectuelles supérieures 8.4 66.2 72.9 68.6
3.1 Professions libérales
0.819.723.621.2
3.3 Cadres de la fonction publique
0.818.217.217.8
4. Professions intermédiaires 12.8 15.8 5.2 11.9
5. Employés 16.8 1.5 2.9 2.0
6. Ouvriers (y compris agricoles) 13.2 0.3 0.6 0.4
7. Inactifs ayant déjà travaillé 30.4 3.9 0.0 2.5
8. Autres sans activité professionnelle 14.0 3.7 3.5 3.7
Total 100 100 100 100


Voici quelques petites remarques qui me viennent à l'esprit:
  1. Le trio formé par les professions libérales (principalement médecins et avocats), les cadres fonctionnaires et les chefs d'entreprise représente plus de 42% des députés et 48% des sénateurs. En réalité ces trois catégories représentent moins de 2% de la population des plus de 15 ans. Ils sont donc plus de 20 fois sur-représenté!
  2. Je félicite tout particulièrement l'ordre des médecins. Ils sont moins de 0.5% en France mais plus de 10% dans nos deux assemblées. Ne vous étonnez donc pas du fait que nous ayons le système de santé et de sécurité sociale le plus complexe, le plus généreux et le plus coûteux au monde.
  3. A l'autre bout de la chaîne alimentaire les retraités, les ouvriers, les chômeurs et les étudiants (soit 58% des français) ne sont présent qu'à moins de 7% dans nos deux assemblées.
  4. Les employés sont tout aussi mal lotis avec 2% de parlementaires alors qu'ils sont près de 17%.

Ma conclusion se rapporte à l'article de 3 de la constitution française "La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum". Mais dans les faits nos "représentants" ne nous représentent pas du tout. Bien sûr ils ont été élus et se retranchent toujours derrière le suffrage universel pour justifier leur légitimité. Mais avait-on vraiment le choix de voter pour celui ou celle que l'on veut? Soyons sérieux combien de chômeurs, de pauvres, de simples salariés et de musulmans ont une chance d'être élus par ce système?

A terme on pourra se poser aussi la question de savoir pourquoi le peuple ne peut-il pas exercer directement sa souveraineté. Techniquement ce n'est plus un problème avec nos moyens de communication fiables et rapides. Politiquement évidemment cela revient à partager le pouvoir, ce qui est un tout autre débat pour nos amis médecins, fonctionnaires et chefs d'entreprise.

Le problème majeur de l'élection est qu'elle pousse au mensonge (promesses électorales) à la corruption (tenir promesses et renvoyer l'ascenseur) et favorise les logiques de caste élitistes (je vous renvoie au tableau ci-dessus pour la démonstration). Le tirage au sort est au contraire incorruptible et impartial par nature.

Afin de rétablir une bien meilleure représentativité et légitimité dans nos deux assemblées je propose d'ajouter une bonne dose (disons entre 15 et 25%) de tirage au sort lors des élections législatives et sénatoriales. Ni plus ni moins. Ce tirage pourrait se dérouler selon les modalités suivantes par exemple: les citoyens (jouissant de leurs droits civiques) tirés au sort et ayant réussi un examen d'aptitude (je n'ai pas dit de compétence) auraient alors le choix d'accepter ou de refuser cette charge.

Je m'en vais donc sans plus attendre demander au Président Sarkozy d'organiser un référendum sur la question. C'est contraire aux intérêts propres de nos décideurs mais c'est le seul moyen de reprendre un peu de ce que l'on nous a trop longtemps privé: notre liberté de choisir et de décider.


image par lusi

24 avril 2009

Un ministère ne se transmet pas comme une épicerie

Au Moyen Age un savoir se transmettait de père en fils à travers le système des guildes. A l'époque de mes grands-parents une ferme, un commerce ou une petite entreprise restait souvent au sein d'une même famille. De nos jours quelques privilégiés auront la chance de recevoir un héritage. Et ce n'est pas un problème car vous transmettez quelque chose que vous possédez.

Non, ce qui me dérange c'est que depuis quelques années une responsabilité politique se transmet elle aussi comme si c'était un bien personnel. Le pouvoir politique reste ainsi dans la famille. Le clan Bush est à citer en premier avec deux présidents (George H. W. et George W.) et un gouverneur (Jeb). Le couple Clinton fait assez fort avec un président (Bill) et un secrétaire d'État (Hillary). En Corée du Nord le "président éternel", Kim II-sung, transmet tout naturellement la présidence à son "cher dirigeant" de fils Kim Jong-il. En République Démocratique du Congo Joseph Kabila prend le pouvoir après l'assassinat de son père et président Laurent-Désiré. Au Sénégal le président Abdoulaye Wade prépare consciencieusement sa succession en confiant un ministère à son fils Karim il y a dix jours.

Même dans nos "démocraties" occidentales on ne fait pas mieux. Dans ce bon royaume de Belgique, Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire (ex Ministre des Affaires Etrangères), et son fils Charles, ministre de la Coopération au développement, sont en plein conflits d'intérêts. En France dans la famille Le Pen, Marine succèdera à son père Jean-Marie à la tête du Front National et chez les Sarkozy Jean roule à tombeau ouvert sur les traces de Nicolas.

Pour éviter de vous noyer dans cet océan d'abus de pouvoir je vous recommande vivement de ne pas oublier votre gilet de suffrage universel, récemment transformée en droit de vote. "Non sérieusement j'ai été élu grâce au suffrage de l'univers des électeurs, qui votent en totale liberté. Mon père n'y est absolument pour rien". Aucun rapport de cause à effet. C'est du hasard pur limite destin fatidique à tendance appel du 18 juin.

Et quand je lis cette définition pompeuse sur Wikipedia j'en ai la larme à l'oeil: "Le suffrage universel est le principe d'expression de la volonté populaire. Il fonde la souveraineté du peuple dans un régime démocratique". Avant on était agriculteur, artisan ou militaire de père en fils. Maintenant on est ministre ou président de père en fils. Je tenais donc à vous rassurer, on nous prend toujours pour des déficients, et en politique on est toujours au Moyen Age.

photo de Jean-Marié Séjourné

31 mars 2009

Encadrer les gros salaires: un faux débat

Depuis quelques jours les médias et les politiques s'en donnent à coeur joie sur l'encadrement des gros salaires. Faut-il limiter les salaires à 100 fois le SMIC ou 200 fois? Faut-il interdire les stock-options, lever le bouclier fiscal ou taxer les primes à 70%? Faut-il légiférer ou non? Que de mauvaises questions alimentant un faux débat qui se concentre sur l'exception afin de nous faire oublier le principal. Oh bien sur l'État trouvera un bouc émissaire ou deux et la France satisfaite continuera tranquillement sa sieste sociale en n'oubliant pas de regarder les matchs des bleus et Michel Drucker le dimanche après-midi.

L'exception ce sont les quelques centaines de patrons des grandes boîtes qui ont des rémunérations absolument pas proportionnelles à leurs compétences et aux résultats. Et l'argument "ah oui vous comprenez si on ne les paye pas assez ils partiront à l'étranger" ne tient pas debout. Primo parce que vu la crise actuelle, que quelque uns ont provoqué et que la plupart n'ont pas anticipé, ils ne sont pas si compétents que cela. Deuxio mais qu'ils partent! Je suis persuadé qu'on n'aura aucun mal à leur trouver des successeurs qui feront probablement ni mieux ni pire mais pour beaucoup moins cher.

Le principal ce sont les 50% de français qui ne possèdent que 7% des richesses! Car il est là le vrai débat: comment répartir de façon beaucoup plus équitable la richesse? Première solution limiter les gros salaires. Soit mais ça ne changera rien pour tous les millions de bas salaires. Cette idée est donc idiote. Alors pourquoi ne pas faire profiter tous les salariés des mêmes bénéfices que leurs dirigeants? Pourquoi ne pas leur donner des primes de bienvenue, des parachutes dorés, distribuer 1/4 des profits annuels ou encore des stock options? Ce serait plus intelligent et bien plus juste. Et c'est pour ça que personne n'en parle.

photo de marganz