4 février 2009

La France, un pays riche peuplé de pauvres (1)

Une semaine après la grève générale du 29 janvier j'ai voulu me renseigner sur la situation patrimoniale de mes concitoyens. Deux statistiques me font froid dans le dos (source: Insee, le patromoine détenu comprend les biens immobiliers, les actifs financiers ainsi que le patrimoine professionnel pour les actifs indépendants):

  1. En 2003, les 10 % d'individus aux patrimoines les plus élevés détiennent 46 % de la masse totale du patrimoine.
  2. De même les 50% d'individus aux patrimoines les plus élevés détiennent 93% de la masse totale du patrimoine.

Pour enfoncer le clou permettez-moi de paraphraser ce jargon statistique: 10% des français possèdent la moitié des richesses! et la moitié des français ne possèdent que 7% des richesses!

Voici ce que cela donne avec des chiffres absolus (source: Insee):

  1. En 2003 les 10% d'individus les plus riches détiennent un patrimoine moyen de 755 000€; un chiffre en progression de 37% par rapport à 1997.
  2. De même les 30% d'individus les plus pauvres ne détiennent qu'un patrimoine moyen de 8 000€; un chiffre qui n'a progressé que de 7,5% depuis 1997.

On est très loin de la "fracture sociale", si chère à Jacques Chirac, car c'est bien un gouffre qui sépare la classe des riches, qui s'enrichissent, de la classe des pauvres, qui s'appauvrissent. Je pensais bien naïvement qu'un telle inégalité dans la répartition des richesses était une caractéristique des pays en voie de développement. Malheureusement il n'en n'est rien, la France est bien un pays riche (en 14ème position mondiale en PIB/habitant selon le FMI) peuplé de pauvres.

Alors quand il s'agira de voter à la prochaine élection présidentielle ne me parlez pas de "travailler plus pour gagner plus". Il n'y aura qu'un slogan de campagne que je voudrai entendre: "un français, un diplôme, un revenu, un logement, un patrimoine".


21 janvier 2009

Du Président Français au Président Américain

Comme beaucoup d'américains je me réjouis de l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Je me réjouis surtout pour les Etats-Unis qui ont radicalement besoin de changer de modèle de développement. Une société basée sur le crédit et la surconsommation est fondamentalement malsaine en adoptant des valeurs à l'antithèse de celles du développement durable.

Dans sa lettre de félicitation, Nicolas Sarkozy écrit vouloir "relever ensemble les immenses défis auxquels notre monde est aujourd’hui confronté" avec "l'Amérique, son amie, son alliée". Cela me fait penser à deux choses:

  1. Il serait naïf de croire que le nouveau Président des Etats-Unis va sauver le monde. Tout d'abord aussi puissant soit-il il ne le peut pas. Mais surtout il ne le veut pas. Il a été élu pour sauver l'Amérique et il en fera sa priorité numéro un. Et ne nous y trompons pas, l'Amérique avec son esprit d'entreprise et sa rage de vaincre utilisera tous les moyens pour arriver à ses fins. Mieux vaut donc ne pas se trouver en travers de leur chemin. Vouloir se rapprocher d'eux est donc une bonne politique arrivant au bon moment. Trop longtemps les avons nous délaissés pour aller faire la cours à d'autres "amis" bien moins fréquentables.
  2. Nicolas Sarkozy ne doit pas oublier aussi qu'il a aussi été élu pour redresser la France. Il est vrai qu'avec la mondialisation tout est lié de façon plus ou moins forte et qu'on ne peut considérer notre pays comme un vase clos; la crise économique et financières en étant le parfait et bien malheureux exemple. Mais je trouve que ses récents efforts sur la scène internationale, comme par exemple dans la guerre de Gaza, l'éloignent de nos priorités nationales. Commençons donc par balayer devant notre porte avant de porter assistance au monde entier. Pourquoi ne pas avoir envoyé son Ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner?

Il sera intéressant d'observer durant les prochains mois comment Nicolas Sarkozy va se positionner sur les grand dossiers internationaux par rapport à Barrack Obama. Qui va mener la danse et qui va suivre? En espérant bien sur qu'ils veuillent danser ensemble en "amis et alliés".

18 décembre 2008

Activité (modérée) des eurodéputés

J'ai suivi de près les travaux de la commission temporaire du parlement européen sur le changement climatique depuis sa création en avril 2007. L'absence de nos eurodéputés aux réunions de travail mensuelles à Bruxelles m'a très vite frappée. Je me suis donc intéressé de plus près au taux d'activité et de présence de ces derniers (source: Fondation Robert Schuman).

Pour faire court il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise c'est que nos eurodéputés ne sont pas très actifs. La bonne c'est qu'ils le sont plus que leurs prédécesseurs de la 5ème législature (1999-2004). Quelques statistiques sont très parlantes, je n'en cite que deux:

  1. En 2004-2005, la France se situait en 23ème position sur 25 pour ce qui est du taux de présence en séance plénière.
  2. En moyenne un député français a écrit 2,81 rapports entre 2004 et 2008, ce qui le place au 7ème rang sur 27.

Bien sur ces chiffres sont purement quantitatifs et ne peuvent apporter un éclairage sur la qualité de ces rapports ou leur importance stratégique. Il y a aussi de grandes différence entre députés, certains prenant au sérieux leur rôle et d'autres non. Néanmoins, moi qui vous écrit de Bruxelles, je peux vous assurer que nous ne sommes pas spécialement reconnus pour nos talents de lobbyistes, contrairement à nos amis anglais ou italiens sur qui nous devrions prendre exemple.

Trois pistes pour améliorer la situation:

  1. Interdire purement et simplement le cumul des mandats pour les eurodéputés. C'est un travail à temps plein.
  2. Mieux former les eurodéputés aux mécanismes décisionnels et aux stratégies d'influence de l'UE.
  3. Éviter les va-et-vient incessants entre Bruxelles et Strasbourg en supprimant l'implantation strasbourgeoise du parlement. Le surcoût estimé à son maintien est estimé à 200 millions €/an. Pourquoi ne pas négocier sa disparition en échange d'une nouvelle institution ou agence?

Lors de son dernier discours devant le parlement européen en qualité de président de l'UE Nicolas Sarkozy a déclaré: "la présidence européenne m'a changé". Sachant que 75% de notre législation est de nature européenne, nos décideurs politiques doivent se rendre compte du rôle capital de l'UE. Espérons aussi que le Président et Bruno Le Maire, notre nouveau secrétaire d'État aux Affaires européennes, mettront rapidement en œuvre les moyens nécessaires afin de renforcer notre pouvoir d'influence au sein du Parlement et de la Commission.

26 novembre 2008

Le PS pour Aubry, le champagne pour Sarkozy

Martine Aubry a été élue Première secrétaire du Parti socialiste avec 102 voix d'avance (67 451) sur Ségolène Royal (67 349). La différence est si infime (0,076%) que si l'on considère les erreurs humaines et l'incertude statistique intrinsèque à tout scrutin, un tel écart ne permet pas de départager les deux candidates; c'est mathématique. A leur place je m'en serais remis au hasard, il y aurait eu moins de constestations.

Néanmoins je peux vous annoncer de façon indiscutable qui est le grand vainqueur de cette élection: Nicolas Sarkozy. Il est suivi de près par l'UMP et Olivier Besancenot. En effet Martine n'a ni la carrure ni le charisme présidentiel et Ségolène a prouvé ses limites l'année dernière. A moins d'une catastrophe cataclysmique Nicolas sera réélu dans un fauteuil (disons 58-60% des suffrages exprimés) en 2012.

L'UMP, notre deuxième vainqueur, ne peut que conforter sa place de premier parti de France face à un PS divisé par ses querelles de coq de village.

Le troisième grand gagnant est le remuant porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire. Il ne lui reste plus qu'à mettre un peu de coca-cola dans sa vodka pour devenir le premier parti de gauche en France.

Le PS nous a offert un pitoyable spectacle ses dernières semaines mais un grand moment de politique.

image par svilen001

12 novembre 2008

La France est une gérontocratie (3)

L'Assemblée a récemment adopté un amendement permettant aux salariés de travailler, s'ils le souhaitent, jusqu'à 70 ans. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Tollé de la gauche, scandale chez les syndicats et sondage d'opinion selon lequel 2/3 des français y sont opposés. Le principal argument avancé par l'UMP est que les salaries auront ainsi la "liberté" de pouvoir choisir le moment de son départ à la retraite". Bref on est en plein dans le "travailler plus pour gagner plus".

Devant tant d'inepties je me vois donc contraint de publier le troisième opus de mes articles "La France est une gérontocratie". Commençons par un petit tableau reprenant les chiffres du chômage du second semestre 2008 (source: INSEE).

Âge
Chômage
15-2419,1%
25-49
6,9%
>495,2%
Total
7,6%

En résumé il y a quatre fois plus de jeunes que de vieux au chômage! Logiquement ce devrait être tout le contraire. On pourrait donc penser que nos députés fassent tout leur possible pour favoriser l'emploi des jeunes. Pas du tout ils décident d'allonger l'âge de la retraite et donc de freiner directement l'insertion des jeunes dans le marché de l'emploi. Mais quand on est député (55 ans de moyenne d'âge...) on est plus proche de la retraite que de son premier emploi. On favorise donc tout "naturellement" ses propres intérêts. Ceux des seniors.

Connaissez-vous beaucoup de conseillers influents de Sarkozy ayant moins de 40 ans? Récemment ça me fait un peu peur de constater que Jacques Attali a repris du service à 65 ans avec la commission pour la libération de la croissance française. Un jeunot comparé à Edouard Balladur, qui soufflera 80 bougies l'année prochaine, et ses présidences du comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institution et du comité pour la réforme des collectivités locales.

Pourtant ça avait bien commencé avec un Nicolas Sarkozy succédant, à 53 ans, à un Jacques Chirac de 21 ans son aîné. Malheureusement la France reste une gérontocratie. On y fait de la vieille politique, avec des vieux et pour les vieux. Alors même si je ne suis toujours d'accord avec le camarade Olivier Besancenot, je fais toujours attention à ce qu'il dit. A 34 ans, il semblerait qu'on peut aussi faire de la politique.


photo par gtrfrkbob

10 novembre 2008

Simplifions le calendrier des grandes commémorations

Le Monde a publié un bon schéma récapitulant l'agenda des commémorations. Depuis 2000 nous en célébrons sept nouvelles en plus des cinq traditionnelles. Il y a donc bien une multiplication de ces cérémonies qui deviennent trop répétitives. Leur fréquence (annuelle) en diminue l’importance.

A la base beaucoup font double emploi comme la journée de la déportation et l'hommage aux Justes; l’hommage aux harkis et celui aux morts de la guerre d’Algérie mais aussi l'appel du 18 juin et l'armistice de la seconde guerre mondiale. La fête de Jeanne d'Arc est un peu désuète et je ne me sens pas directement par l'abolition de l'esclavage, qui arrive deux jours après le 8 mai.

Afin d’éviter de commémorer toutes les guerres (!) ne gardons que l'armistice de la première guerre mondiale pour rendre hommage aux morts pour la patrie. Ceci permettrait de remplacer le 8 mai (qui n'est célébré que depuis 1981) par le 9 mai, la journée de l’Europe. Une Europe qui, ne l'oublions pas, s'est construite juste après la seconde guerre mondiale pour en assurer une paix si chèrement acquise. Par délicatesse pour nos amis allemands, dont beaucoup n'ont pas connus ces évènements, doit-on vraiment avoir quatre commémorations les concernant directement?

En résumé il vaudrait mieux célébrer annuellement les évènements majeurs comme la fête nationale le 14 juillet, l'armistice le 11 novembre et l’avènement de l'Europe le 9 mai. Les autres grands dates qui ont fait notre histoire pourraient être commémorées tous les 10 ans, mais de manière plus solennelle et approfondie afin de ne pas les oublier ni les banaliser.

image par salingpusa